Résumé de la prochaine séance

7 janvier 

La prochaine séance mensuelle de la Société d’émulation du Jura se tiendra le samedi 17 janvier 2026 à 15 heures,

à Montmorot, aux Archives départementales du Jura . Au programme :

Jean-Philippe Huelin, La guillotine dans le Jura (1792-1897)

            Les condamnations capitales et exécutions publiques dans le Jura sont très mal connues. Dans cette communication, il s’agira d’abord de préciser les lieux d’exécution, à Lons-le-Saunier, ville-préfecture, et dans d’autres villes du département. Nous verrons ensuite les différents exécuteurs. Enfin, nous établirons la liste des condamnés à la peine capitale dont l’exécution a été (ou non) appliquée. Une place particulière sera faite à la perception de ces exécutions par le public montrant à la fois la popularité de ces manifestations comme la montée d’une certaine répulsion tout au long du siècle.

         

Rémy Gaudillier, Socialistes et communistes dans l’Entre-Deux-Guerres (2ème partie)

            Suite au 6 février 1934 les militants socialistes et communistes manifestent leur volonté de front unique le 12, que reprend Maurice Thorez le 26 juin « pour battre le fascisme » ; le 27 juillet est signé le pacte d’unité d’action socialiste-communiste. Se multiplient alors manifestations communes, fusions syndicales, alors qu’à Dole naît le journal Le Front Comtois qui rallie communistes, socialistes et radicaux-socialistes dissidents. Le 24 octobre Maurice Thorez ouvre le Front unique aux classes moyennes, donc aux radicaux, tâche difficile dans le Jura, malgré l’appel d’E. Herriot, suite aux cantonales de 1934 et aux municipales de 1935. Pour faire face à la crise, La Ligue des Droits de l’Homme propose « le Droit à la vie » (Congrès de Dijon 1936) et la CGT se bat pour les réformes adoptées en octobre 1934. Le congrès de l’UR adopte le programme de Front Populaire de janvier 36 complété par celui de la CGT (Jura Socialiste, 21/3/36)

            La campagne électorale se passe dans un climat de violentes invectives, mais aussi d’optimisme. L’absence d’union réelle avec les radicaux se traduit par un résultat très décevant aux Législatives (Louis Lacroix, Jura Socialiste du 9 mai : « le Jura fait tache et une tache sombre dans l’ensemble des résultats du pays ; dans l’ancienne chambre … un socialiste SFIO et 3 radicaux, dans la prochaine un socialiste et 3 réactionnaires »). Au niveau national, au 1er tour, les radicaux arrivent loin derrière les socialistes et les communistes. Pourtant, sans eux, le Front populaire ne dispose pas de majorité. Le président de la République charge Léon Blum de former le gouvernement, avec des ministres socialistes et radicaux, le PC choisissant d’exercer « du dehors une sorte de ministère des masses ». 3 femmes sont sous-secrétaires d’État, mais le Sénat refuse le droit de vote et d’éligibilité des femmes voté par les députés le 30 juillet par 488 voix contre1. Face au fort mouvement de grèves avec occupation d’usines touchant près de 2 millions de travailleurs, le patronat demande l’intervention de Léon Blum et le 7 juin, représentants patronaux et syndicaux signent les Accords de Matignon ; des lois sociales sont votées dans la foulée ainsi que quelques mesures du programme. Dans le Jura, les premières grèves commencent après ces accords et durent peu, comme celle de l’usine Solvay, avec 700 ouvriers du 13 au 15 juin qui, pourtant « a entraîné dans la région de Dole un mouvement revendicatif qui a considérablement contribué au développement et à la puissance des syndicats professionnels ».

            Dans l’optimisme, l’été 36 apparaît comme l’aube d’une époque nouvelle avec la place de la culture, de l’enseignement et des loisirs (Léo Lagrange et Jean Zay)… En 2 mois, l’UR CGT triple ses effectifs (multipliés par 5 dans toute la France !), qui passent de moins de 7 000 adhérents à 21 000 en juin 1936, 26 000 en août 37 ! Pour les former, son responsable compte sur le syndicat des instituteurs. Les principales villes du Jura fêtent le 14 juillet 36, mais tous n’accueillent pas de la même façon le Front Populaire : ainsi à Tavaux avec l’opposition « ouvriers Solvay » et paysans…

            La coalition de Front Populaire est vite mise à l’épreuve. Le ralliement à la non-intervention dans la guerre d’Espagne, acceptée par 25 États (dont l’Allemagne d’Hitler et l’Italie de Mussolini qui, dès mars 36, aident les insurgés) même si elle n’est pas totale, divise le camp antifasciste et provoque la colère du PC. Pourtant les militants jurassiens socialistes, communistes, républicains se retrouvent pour soutenir les réfugiés.

            Avec la montée de la tension internationale, une forte augmentation des dépenses militaires « désarme » le gouvernement, contraint à surseoir aux dépenses sociales annoncées le 6 juin : c’est une des raisons de la pause de février 37, rejetée par le PC et une partie des socialistes. L’Action Jurassienne évoque Le meeting des Vieux de Dole et les grèves restent nombreuses dans le Jura pour obtenir l’application des lois (Le Front Comtois, 26/6/36).

            L’Action Française dissoute suite à l’attentat du 13 février 36 contre Léon Blum ne disparaît pas pour autant ; le PSF jurassien, à l’instigation d’éléments patronaux, tente d’implanter ses syndicats, ouvrant un nouveau front contre la CGT.

            Daladier au pouvoir le 10 avril 38 en termine avec le Front populaire divisé par les Accords de Munich, sa politique financière étant déjà abandonnée avec G. Bonnet ; le 13 novembre, avec Paul Reynaud, il impose ses décrets-lois qui en finissent avec la politique sociale, d’où de nombreuses grèves. Celle de la CGT du 30 novembre, soutenue par le PC et la SFIO, est brisée par le gouvernement et suivie « d’une répression judiciaire, administrative et patronale d’une rare violence », y compris dans le Jura. Selon Denis Peschanski, malgré la loi Marchandeau du 21 avril 39, le contrôle des étrangers s’est considérablement durci sous Daladier (directives d’Albert Sarraut 14 avril 38, décrets des 2 mai, 13 août et 12 novembre 1938 prévoyant l’internement des étrangers indésirables dans « des centres spécialisés » alors qu’augmente l’arrivée de juifs persécutés). Les attaques contre le PC se multiplient et Le Jura Socialiste rappelle à Daladier que les hommes de l’extrême droite qu’il dénonçait hier « sont devenus aujourd’hui ses alliés et ses soutiens dociles » ; Le Patriote Morézien et l’Union des Monts Jura souhaitent qu’il couronne « son œuvre par le geste salutaire que la Nation attend de lui : la dissolution du parti communiste ».

            Ainsi les désaccords communistes/socialistes, depuis le 27 juillet 34 le plus souvent en privé (courrier du député Arsène Gros à Louis Paget de Morez, le 5/12/36), deviennent plus violents avec l’extrême gauche de la SFIO (Pivertistes, exclus du parti en juin 38). Face à l’arrivée de 450 000 réfugiés espagnols, dont 220 000 miliciens, accueillis dans des conditions déplorables entre le 28 janvier et le 12 février 39, socialistes et communistes votent ensemble contre la reconnaissance du régime de Franco, défendent le droit d’asile, les communistes étant partisans d’une naturalisation massive dans l’éventualité de la guerre.

            Le pacte germano soviétique (24 août 39) marque un tournant majeur. Il est dénoncé aussitôt par Le Jura socialiste qui distingue « les pauvres bougres qui, de bonne foi, crurent aux promesses de Moscou… [et l]es grands chefs qui trompèrent la classe ouvrière » ; puis par René Nicod, député communiste de l’Ain, qui reprend sa totale liberté d’action (15 octobre). Le 18 septembre, le bureau confédéral de la CGT décide qu’avec l’invasion de la Pologne par les Soviétiques « il n’y a plus de collaboration possible avec ceux qui n’ont pas voulu ou pas pu condamner une telle attitude ». Ce choix aboutit à une 2ème scission de la CGT, officielle à Saint-Claude lors de l’AG du syndicat Le Travail.

Le décret du 1er septembre 39 prévoit en cas de conflit le rassemblement « de tous les étrangers de sexe masculin de 17 à 54 ans ressortissants de territoires appartenant à l’ennemi ». Après l’entrée en guerre (3 septembre 39), le décret du 18 novembre permet aux préfets d’interner en camps les individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique. Dès le 26 septembre, le PCF est dissous et la parution de L’Humanité interdite. Pour Le Jura Socialiste qui publie les communiqués de la Ligue des Droits de l’Homme, la presse locale n’a retenu du débat à la chambre des députés (14 décembre) que les attaques contre le PC sans évoquer celles contre « les hitlériens de France ». Le 21 janvier 40, est votée la déchéance des députés qui n’ont pas rompu avec le PC, ouvrant la chasse à tout ce qui peut avoir un rapport avec le communisme (29 janvier 40, enquête sur L’Etoile sportive doloise ; 15 mars 40, dissolution de la société Les Amis de la Nature de Dole). Les effectifs nationaux du PCF s’effondrent, de 270 000 en août 39 à 5 000 en1940.

Le succès de l’offensive allemande amène les parlementaires à voter les pleins pouvoirs à Pétain, dont les décrets-lois pris depuis 1938 facilitent la tâche.